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La pollution numérique, le défi RSE des entreprises
3 août 2022

Cet article a été créé dans le cadre de notre projet de thèse de Master portant sur le thème de la pollution numérique.

Sommaire

Pourquoi le sujet de la pollution numérique ?

Une recherche sur Google depuis son smartphone. L’envoi d’un gif à un collègue via une messagerie instantanée. Le partage d’une photo sur les réseaux sociaux… Derrière toutes ces actions virtuelles, se cachent des masses de flux et des giga-octets de données. Leur impact sur l’environnement est, lui, bien réel ! En effet, de nombreuses études nous montrent que nos activités en ligne ont une empreinte sur notre planète. Face à la prise de conscience grandissante de l’urgence climatique, la communication autour de la pollution numérique se démocratise.

Cependant, l’intégration de cette problématique au sein des entreprises semble se faire, elle, plus timide. Peut-être avez-vous déjà participé à une « journée sans e-mail » au sein de votre entreprise ? Ou avez-vous été sensibilisé au poids des pièces jointes dans vos communications ? Mais, vous êtes-vous demandé, si, et comment, votre entreprise pilotait et contrôlait la pollution numérique qu’elle génère ? Nous avons voulu nous intéresser à la façon dont les entreprises françaises du e-commerce, dans un contexte de digitalisation accrue, réduisent l’impact environnemental de leurs activités numériques.  

l’impact de la transformation digitale sur le développement durable 

vers des évolutions sociales & des optimisations écologiques…

La crise du Covid a très nettement accéléré le développement des usages et outils du numérique. Pendant le confinement, les Français ont massivement fait leurs courses en ligne. Ils ont utilisé des outils digitaux leur permettant de travailler à distance, de suivre l’école à la maison ou encore de consulter un médecin en ligne. Ainsi, la digitalisation des pratiques a permis la continuité de nombreuses activités et le maintien du lien social.

La transformation digitale peut même agir directement en faveur du développement durable en offrant des innovations de rupture. C’est le cas par exemple de certaines catégories d’outils connectés. Ils agissent pour la gestion des déchets, le contrôle de la pollution, des productions et urbanisations responsables. (Feroz et al., 2021) Par exemple, les auteurs relèvent l’utilisation de l’Intelligence Artificielle pour contrôler la pollution de l’air. Ou encore de la Big Data pour déployer les véhicules verts nouvelle génération.

…qui ne doivent pas faire oublier la pollution du numérique !

L’apport du numérique ne se limite pas à l’optimisation écologique, au “smart”.

Iddri, FING, WWF France, GreenIT.fr (2018). Livre blanc Numérique et Environnement.

Le numérique doit œuvrer à limiter et contrôler son propre impact écologique qui est en forte croissance. Le rapport de GreenIT.fr projette en effet que l’empreinte du numérique passera de 2,5% à 6% entre 2010 et 2025. Avec en tête la  progression des émissions de gaz à effet de serre qui vont quadrupler entre 2020 et 2040. Ces dernières passant de 3,6% à près de 14% des émissions globales. Sans surprise, c’est la fabrication des équipements des utilisateurs qui génère le plus d’impact, suivie par leur utilisation. (Belkhir & Elmeligi, 2018)

Une des explications se trouve dans le « dark side » de la transformation digitale de notre économie. C’est à dire, les effets rebonds négatifs qu’elle peut générer, en parallèle des gains de productivité. Par exemple, l’efficience énergétique de nos équipements individuels (Smartphone, TV…) lors de leur utilisation, a progressé. Mais, la consommation électrique continuera d’augmenter en raison de la course effrénée des fabricants pour des écrans toujours plus grands. (Source : Livre blanc Numérique et Environnement

Transformation digitale

Ainsi, proposer des solutions et objets « smart » permettant un contrôle des usages et consommations n’est pas suffisant. Les acteurs privés doivent en effet exploiter le caractère disruptif du numérique pour faire bouger les lignes et évoluer les business modèles. (Source : Livre blanc Numérique et Environnement) Notamment, les directeurs et managers en entreprises ont particulièrement leur rôle à jouer. En faisant par exemple le choix d’un data center “green” pour leur site web, moins consommateur d’énergie. Ou bien, en dotant leurs salariés d’équipements numériques plus écologiques, comme des tablettes basse consommation. (Belkhir & Elmeligi, 2018)

l’intégration de la pollution numérique, nouvel enjeu rse Des entreprises

Du développement durable à la rse…

Intégrer la pollution numérique dans les enjeux RSE des entreprises passe par leurs capacités à comprendre la tendance de fond du développement durable. Une tension perdure, malgré les progrès réalisés entre le marketing digital et le développement durable. Ainsi, il existe un écart entre les actions et les convictions de la société et des entreprises. (Diez-Martin et al., 2019)

La pollution numérique, le nouvel enjeu RSE des entreprises (de e-commerce) ?

En effet, les entreprises mettent de plus en plus l’accent sur la durabilité. Cependant, les thèmes abordés sont plus souvent ceux de l’environnement et de l’éthique. Le pan de la pollution numérique s’inscrit peu souvent dans la chaîne de valeur du développement durable des entreprises. (Closs et al., 2011)

Le principal défi de la pollution numérique repose donc sur son intégration dans les politiques de développement durable des entreprises. Car, dans ce monde virtuel, tout peut sembler impalpable, incolore, inodore, en revanche la pollution numérique, elle, est bien réelle.

Prenons par exemple l’envoi d’e-mails (publicitaires) et comparons-le à l’envoi d’un courrier papier. A unité comparable, les émissions de CO2 d’un e-mail sont nettement inférieures à celle d’une lettre. En revanche, elles représentent une charge beaucoup plus importante en raison du nombre et de la croissance des e-mails envoyés. Et c’est peut-être dû au faible coût de l’action dans un monde digital. (Wohllebe, s. d.)

…Aux actions concrètes des entreprises

Le numérique n’est donc pas immatériel, bien au contraire. Il comprend les utilisateurs, les centres informatiques et les réseaux qui sont utilisés au quotidien dans les entreprises. C’est pourquoi ces dernières doivent contribuer à réduire leur empreinte digitale sur l’environnement. Elles peuvent ainsi agir à un niveau global en faisant de la pédagogie sur des actions à entreprendre quotidiennement. La « Cyber World Cleanup Day », par exemple, vise à sensibiliser de façon très concrète : nettoyer ses propres données.  

D’autres solutions concernent les équipements informatiques ou encore les sites Web pour les entreprises de e-commerce, comme l’éco-conception. Pour minimiser leur impact environnemental, les entreprises doivent pouvoir le mesurer et l’analyser avec des outils, comme ceux développés par Greenmetrics.

Quelle méthodologie d’enquête terrain choisir ?

La pollution numérique associée à la transformation digitale est un phénomène relativement nouveau. Dans ce cas, il apparaît pertinent de s’appuyer sur une étude qualitative. En effet, elle permettra d’observer et de comprendre comment la pollution numérique est perçue par les entreprises. Et comment celles-ci mettent en place des actions visant à la réduire. Cette méthode servira donc à formuler des hypothèses en s’appuyant sur le « comment ».

Dans l’étude menée, c’est bien la profondeur de compréhension par la richesse des réponses qui sera exploitée. Une dizaine d’entretiens semi-directifs seront menés dans un style proche d’une conversation informelle. Ils permettront aux interlocuteurs de pouvoir s’exprimer. Et ceci, même si les thèmes abordés seront tous identiques et déterminés à l’avance.

Les entreprises ciblées pourront être des pure players ou des retailers qui disposent d’un site e-commerce. L’étude portera sur ces entreprises dont le siège social se trouve en France. Différents secteurs d’activités et tailles d’entreprise sont visés dans le cadre de ces enquêtes afin de diversifier et d’enrichir l’étude.

Quels résultats pouvons-nous attendre de notre étude ?

La nature qualitative de notre méthodologie d’enquête limitera, par définition, notre capacité à généraliser les résultats de nos entretiens. Toutefois, le parti pris de sélection des entreprises sondées devrait nous permettre de trouver des points de convergence. Notre hypothèse principale sera d’observer une corrélation entre l’ADN éco-responsable d’une entreprise, et son degré d’implication dans la pollution numérique. En effet, plus une entreprise est « green », plus elle devrait s’attacher à limiter son impact environnemental. Il y a donc fort à parier que nous constaterons, chez les acteurs pure player, un stade de maturité plus avancé, étant, par nature, des digital native.

Globalement, au vu de nos recherches, nous nous attendons à trouver peu de variété et d’innovation dans les pratiques. Nous nous attacherons ainsi, par nos analyses, à ouvrir de nouvelles perspectives pour un numérique plus responsable en entreprise.

Vers l'intégration de la pollution numérique par les entreprises

BIBLIOGRAPHIE

  • Belkhir, L., & Elmeligi, A. (2018). Assessing ICT global emissions footprint: Trends to 2040 & recommendations. Journal of cleaner production, 177, 448-463.
  • Closs, D. J., Speier, C., & Meacham, N. (2011). Sustainability to support end-to-end value chains: the role of supply chain management. Journal of the Academy of Marketing Science, 39(1), 101-116.
  • Diez-Martin, F., Blanco-Gonzalez, A., & Prado-Roman, C. (2019). Research challenges in digital marketing: sustainability. Sustainability, 11(10), 2839.
  • Feroz, A. K., Zo, H., & Chiravuri, A. (2021). Digital Transformation and Environmental Sustainability : A Review and Research Agenda. Sustainability, 13(3), 1530.
  • Wohllebe, A. (2019). Dialogue Marketing: Ecological Sustainability of Letter and E-Mail in Comparison in Germany. Journal of Environmental Sustainability, 7(1), 4.

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